C'est demain le jour "D" : Pat quitte la maison et il amène les enfants avec lui pour la semaine. Anxieuse? Non. Stressée? Tellement pas. Peinée? J'suis obligée de dire non. Je ne sais pas trop exactement quel qualificatif mettre à ce que je ressens, mais ce qui me vient, vite comme ça, c'est "enfin".
Fini de piaffer sur place, de me débattre avec moi-même pour avancer pareil dans mon quotidien à la maison, de me faire arrêter par le "choker" que j'ai autour du cou... L'étau que je ressens autour de mes poumons tend à se relâcher avec l'arrivée de cette journée. Ce n'est pas drôle de se sentir comme ça avec mes enfants d'abord et mon mari ensuite, je vous le confirme.
Comment en suis-je arrivée-là? Je pense le savoir, mais je n'ai pas le goût de m'étendre sur le sujet pour l'instant. Les réflexions que je fais sur le sujet et les échos que j'en ai de la part de mes proches (et même moins proches) me font dire que j'ai été "cannée" et que je m'y suis laissé engoncer allègrement, de plein gré même si c'est malgré moi (est-ce que ça se peut, ça?).
Maintenant, on est évolué, paraît-il. Nous sommes supposés avoir les outils pour faire sa place dans la vie. Sinon, il y a des psys à la "pocheté", qui ne demandent qu'à ce qu'on aille s'asseoir le derrière sur leurs chaises pour nous dire que nos problèmes remontent à notre enfance et qu'on doit les résoudre pour pouvoir passer à un autre appel. Ça prend toujours un coupable et dans ce cas-ci, ce sont les parents. Ils ont le dos large, eux...
Pas que je veuille laisser porter MA responsabilité à mes parents; je pense qu'ils sont assez peu outillés pour même juste y penser 2 secondes, de toute façon. Non. Ce que je pense, c'est que c'est quand même vrai que mes "bebittes" tirent leurs sources d'eux. Je ne leur en veux pas : ils ont fait ce qu'ils ont pu, avec le peu qu'ils avaient. Comment donner ce qu'on n'a pas reçu? Je pense que ça se peut, mais que c'est sûrement tellement plus difficile.
Sans vraiment en avoir la certitude, je peux affirmer qu'ils ont peu reçu de la part de leurs propres parents. D'un côté, une maman qui a des enfants parce que c'est par-là qu'il faut qu'elle passe nécessairement. Elle en aura 5 par la suite (7 en tout), tous rapprochés, donc rapidement débordée et tellement peu maternelle (opinion purement personnelle, ici). Occupée à voyager, à avoir l'air "glamour", à recevoir (et être reçue) et tellement tout plein d'autres choses que veiller au bien-être de ses enfants. Du même côté, un père absent, qui en a que pour son travail (et ses relations) pour qui les enfants sont tout destinés à être utiles et non juste aimés. Comment voulez-vous qu'un enfant issu de ce milieu-là soit outillé pour s'occuper plus tard de sa progéniture?
De l'autre côté, il y a deux autres parents, davantage préoccupés par leur vie sociale tellement bien remplie, pavée de boisson, de cigarette, de travail et de parties de cartes. C'est difficile de se lever le matin pour faire le p'tit déj. aux enfants et les préparer pour l'école dans ces conditions. Même faire le lavage et les repas n'est pas une priorité pour eux. Les électros sont-là : utilisez-les.
De part et d'autre : une "peine d'enfant"? On ne la voit même pas. Un bobo? Arrange-toi pour ne pas que ça s'infecte. Une chicane? Réglez ça par vous-mêmes. Frigo vide? Fais-toi inviter chez ton ami (e). Bref, débrouillez-vous.
Et bien, c'est mon "passage obligée" dans ma vie parce que mes parents n'ont pas été outillés pour faire autrement. Je ne m'en plaint pas et je ne me roule pas en tite-boule dans un coin; ça n'a pas que du mauvais, cette affaire-là. Très tôt, j'ai appris à faire par moi-même tout ce que je voulais faire; à ne pas attendre personne pour avancer. Autonomie, que ça s'appelle. Par contre, personne non plus pour me dire que, si j'emprunte ce chemin-là, je me pèterai la face. Personne également pour me donner de p'tites tapes dans le dos. C'est triste.
C'est donc plus facile de se laisser mouler que de s'opposer pour tenir sa position. C'est ce que j'ai fait les dernières années. D'autres appelleront ça "faire des concessions". De déterminée, fonceuse et entêtée, je suis devenue "molle", conciliante et plate.
Il y a une chose qui m'énerve dans la vie : quelqu'un qui est toujours accommodant, qui ne dit jamais non et pour qui tout fait toujours. !Décidez, vous! Choisissez, vous! Moi, tout est correct". Mon père est tellement comme ça... Et je suis rendue comme ça aussi. Pas question que ça reste de même! Pas que je n'accepte pas ce que mon père est. Je n'accepte juste pas d'hériter de ce trait de caractère de lui et de le garder.
Un autre trait que j'ai délaissé (de ma mère, celui-là) : garder tout en-dedans et péter un moment donné, quand la pression est trop haute. Pat dirait sûrement que j'excelle dans cet art, mais j'ai un tout autre point de vue.
J'ai tellement pensé et retourné de tous les bords ma décision de me séparer, pesé le pour et le contre, même tenté d'enterrer ça et de passer à un autre appel; rien à faire. Ma décision s'imposait d'elle-même et quand est venu le temps d'en faire part à Pat, j'étais calme et posée. Tout le contraire de ma mère, finalement. Ma mère, elle a sauté une fois et le lendemain, elle quittait mon père pour la vie, avec deux enfants dans ses bagages qui n'ont été informé de rien. On repassera pour la préparation mentale, mettons. J'ai (en fait, on a) pris le temps de parler à mes enfants au lieu de les mettre devant le fait accompli. Là encore, je pense avoir bien agi.
Ceci étant dit, on dirait que je cherche à me justifier... Tant pis. C'est comme ça que ça sort.
Je disais donc que mon impression de faire du sur place achevait. C'est demain, mais ça devait être aujourd'hui. Pat m'avait dit qu'il quittait le 14, mais ça sera le 15. Il n'a aucun bagage de fait, rien de prêt. Je me retiens à deux mains pour ne pas sortir les valises et "paqueter" les choses. Ce n'est pas à moi de faire ça. Je m'occuperai des affaires des enfants demain matin. De toute façon, ça ne sera pas une "vraie" semaine : les enfants doivent venir coucher ici mardi et jeudi également. Je patiente encore, moi qui n'ai plus une once de patience en banque. Je puise dans mes réserves et je respire à pleins poumons.
Qu'est-ce que j'ai au menu dès demain en fin de journée? Rien de spécial. Je ne planifie rien, outre les soupers de mardi et jeudi. En fin de semaine prochaine? Aucune idée. Tout ce que je sais, c'est que je vais y aller 5 minutes à la fois, selon l'inspiration du moment, chose que je n'ai pas faite depuis des lustres.
À suivre...
